• Lundi 25 Mai 2026 - 7:22 PM

Soutenez Bonjour

Soutien Journalisme indépendant

Accessible à tous, financé par les lecteurs

Soutenez-nous

Internet » Technologie

Chevaucher contre les écrans : comment les Amish ont-ils réussi à imposer des limites à la technologie ?


Par Maggie Harrison Dupré .Publié le 2026/05/25 15:31
Chevaucher contre les écrans : comment les Amish ont-ils réussi à imposer des limites à la technologie ?
Mai. 25, 2026
  1. 0
  2. 13

L’intelligence artificielle commence à trouver sa place au sein d’une communauté réputée pour son extrême prudence et ses restrictions rigoureuses vis-à-vis de la technologie : la communauté amish.

Les Amish constituent un groupe chrétien conservateur vivant dans des communautés rurales fermées aux États-Unis et au Canada.  Ils sont connus pour leur attachement à un mode de vie simple et traditionnel, se déplaçant en carrioles tirées par des chevaux et portant des vêtements uniformes d’inspiration ancienne. Chez eux, toute technologie est soumise à une évaluation strictement utilitaire : toute innovation susceptible d’affaiblir les liens familiaux ou d’isoler les individus est rejetée.

Dans le comté de Holmes, dans l’État de l’Ohio — qui abrite la plus grande concentration d’Amish des États-Unis — certains hommes de la communauté ont commencé à utiliser l’intelligence artificielle générative comme un nouvel outil professionnel pour accomplir les tâches quotidiennes : rédaction d’e-mails, préparation de contrats, création de feuilles de calcul et gestion de leurs entreprises familiales actives dans les secteurs de la fabrication, de la construction et de l’agriculture.

Ian Wengerd, propriétaire d’une entreprise de métallurgie et père de six enfants appartenant à la communauté amish, a déclaré au magazine New York Magazine :
« J’ai commencé à l’utiliser peu après son lancement, par simple curiosité. Mais plus je m’y suis appuyé, plus j’ai compris que cet outil pouvait réellement être utile à la gestion de nos affaires. »

Wengerd, dont l’entreprise emploie environ trente personnes, explique que ses activités couvrent des projets gouvernementaux, fédéraux et privés. Selon lui, sans les technologies modernes — y compris les robots conversationnels — lui-même et ses employés auraient déjà disparu du marché du travail. Il affirme sans détour :
« Si nous essayions aujourd’hui de gérer notre entreprise uniquement avec un fax et une messagerie vocale, je serais contraint de fermer définitivement ma société. »

 Des restrictions strictes et une relation saine avec les écrans

Tous les Amish n’ont pas accès à Internet et, même lorsqu’il est disponible, son usage reste extrêmement limité et étroitement surveillé. L’historien Marcus Yoder estime que moins de la moitié des Amish du comté de Holmes sont connectés au réseau, et que moins de 10 % d’entre eux ont réellement expérimenté les outils d’intelligence artificielle.

Aucune des personnes interrogées par le magazine ne possédait de smartphone. Tous utilisent des téléphones traditionnels modifiés — dits Dumb Phones — ou des téléphones à clapet Flip Phones. Leur vie numérique passe également par des logiciels de filtrage chrétiens particulièrement stricts, et demeure presque entièrement confinée à l’environnement professionnel. Paradoxalement, cette frontière nette entre le travail et la maison a permis de créer un équilibre technologique sain dont les sociétés modernes semblent aujourd’hui privées.

John Wengerd, âgé de 19 ans, parent d’Ian et actif dans l’élevage de volailles et la gestion immobilière, explique :
« Je ne peux pas rester allongé sur mon lit pendant une demi-heure à poser des questions à un robot conversationnel ; la technologie n’est pas à portée de main durant mes loisirs ou mes moments de faiblesse. Quand je rentre chez moi, je suis occupé à monter à cheval ou à nourrir les poules. »

 Un pragmatisme absolu : équilibre entre innovation et traditions

Cette adoption mesurée et pragmatique des robots conversationnels s’inscrit dans l’approche historique de cette communauté religieuse face aux nouvelles technologies : une approche fondée sur l’utilité absolue et l’adaptation des machines au service de la production, sans jamais compromettre l’identité culturelle et spirituelle du groupe.

Si la plupart des utilisateurs d’intelligence artificielle dans le monde n’ont pas le privilège de partir faire de l’équitation après le travail afin de réduire leur temps d’exposition aux écrans, l’expérience amish offre néanmoins une leçon éloquente : l’intelligence artificielle devrait demeurer un simple outil de production, et non devenir un compagnon permanent de l’existence.

En conclusion, Daniel Wengerd, entrepreneur et pasteur au sein de la communauté, déclare :
« Je ne veux pas que nous donnions l’impression de courir après chaque nouvelle technologie sans respect pour nos traditions et nos valeurs profondément enracinées. Nous n’ouvrons pas grand la porte à chaque nouveauté numérique. »

Malgré cette prudence rigoureuse, le reportage se termine sur une note amusante : le pasteur Daniel aurait finalement utilisé ChatGPT pour rédiger une lettre romantique destinée à son épouse à l’occasion de la Saint-Valentin.

Notez ce sujet



sport

Référendum

Les principaux obstacles auxquels sont confrontés les immigrants

  1. 83%
  2. 16%
  3. 0%

6 Votes

DESSUS