Pourquoi croit-on aux complots ? Une étude révèle un trait de personnalité insoupçonné
Par Joe Wilkins .Publié le
2026/01/09 04:19
Janvier. 09, 2026
Qu’est-ce qui forge l’esprit d’un complotiste ? Est-ce un manque d’éducation, une imagination débordante ou un simple penchant pour les scénarios de science-fiction ? Selon une étude récente, la réponse ne se trouve dans aucun de ces clichés. Elle réside dans un mécanisme psychologique bien plus révélateur : une profonde insécurité face à la complexité du monde.
L’étude, publiée dans la revue Applied Cognitive Psychology, a passé au crible 14 variables (démographie, idéologie, personnalité) pour identifier les ressorts de la pensée conspirationniste. Pour ce faire, 253 adultes, originaires principalement du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada et d’Afrique du Sud, et âgés en moyenne de 49 ans, ont été suivis.
Au-delà du simple doute : la "culture de la dissimulation"
Les chercheurs se sont particulièrement penchés sur les facteurs influençant la « croyance en la dissimulation » (Beliefs about cover-ups). Il s’agit de cette idée globale selon laquelle des organisations puissantes cacheraient la vérité au reste du monde, une vérité que seuls les esprits « éveillés » seraient capables de percer à jour.
« Je m’intéresse aux théories du complot depuis longtemps et j’ai publié une vingtaine d’articles sur le sujet au cours de la dernière décennie », explique au site PsyPost Adrian Furnham, auteur principal de l’étude et professeur de psychologie à la Norwegian Business School. « Pourtant, peu de chercheurs avaient jusqu’ici intégré cette perspective spécifique du "tous complices" chez les croyants. »
Pour mesurer cette inclinaison, les scientifiques ont établi une échelle de 10 points basée sur des affirmations telles que : « Les politiciens ne révèlent généralement pas les motifs réels de leurs décisions » ou « Les agences gouvernementales surveillent étroitement tous les citoyens ». En parallèle, les participants ont rempli un test de personnalité (HTPI) évaluant six traits majeurs, dont la compétitivité et la tolérance à l’ambiguïté.
Le refus du complexe : quand l’incertitude devient insupportable
Les résultats mettent en lumière une corrélation frappante : l’adhésion aux thèses complotistes est intrinsèquement liée à une faible tolérance à l’ambiguïté.
En clair, les personnes qui se sentent vulnérables ou mal à l’aise face à l’inconnu, ou qui peinent à concevoir que certaines situations soient multidimensionnelles et parfois indéchiffrables — même pour les experts — sont les plus exposées. Confrontés à une actualité dense et complexe, ces individus sont plus enclins à valider des théories simplistes, aussi farfelues ou erronées soient-elles, pourvu qu’elles offrent une réponse immédiate et sans nuances.
L’étude révèle également un lien significatif entre la conviction que le monde est fondamentalement injuste (une vision pessimiste de la nature humaine) et l’attrait pour les théories de l’ombre. Pour ceux qui perçoivent le monde comme un lieu sans équité, l’idée que des groupes occultes tirent les ficelles devient une explication séduisante.
Le mythe de l’ignorance balayé
Contrairement aux idées reçues, les chercheurs n’ont trouvé aucun lien entre le niveau d’études et la propension à croire aux théories les plus absurdes. L’intelligence ne semble pas être un rempart contre la "tanière du lapin" conspirationniste. Ce constat vient bousculer l’image d’Épinal du complotiste inculte.
S’il convient de rester prudent et d’attendre des recherches à plus grande échelle pour confirmer ces pistes, cette étude offre un éclairage fascinant sur les rouages de notre esprit. Elle apporte la preuve concrète que, face au vertige de l’incertitude, certains préfèrent encore un mensonge simple à une vérité complexe.
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